Cette année encore, j'ai eu le plaisir de participer aux journées de Leitura furiosa organisée à Amiens
par l'association du Cardan.
Voici dix, douze quinze ans? que je reviens presque chaque année rencontrer enfants, adultes, hommes femmes pour trois jours exceptionnels. Le premier jour nous
allons rencontrer notre groupe chez lui et de cette rencontre naît un texte. Il en naît ainsi entre vingt et trente - autant que d'écrivains invités et de groupes rencontrés - dans la nuit du
vendredi au samedi!
Bénévoles et permanents du Cardan se mettent en quatre pour faire de ces journées une vraie fête. Repas ou sandwichs partagés, le coca coule à flots et les
écrivains se font à l'occasion serveurs. Le samedi et le dimanche, tout le monde se retrouve à la Maison de la Culture d'Amiens, les uns venus d'Abbeville, d'autres de Cayeux, des quartiers d'Amiens bien sûr et de tous les environs. Le samedi matin, les illustrateurs travaillent sans filet sous les yeux des enfants, qui peuvent aussi suivre des ateliers de calligraphie, japonaise ou arabe, imprimer un texte sur une
authentique presse à mains avec des cartères de plomb, se fairetirer le portrai ou faire des jeux de mots divers et d'été...
Sans oublier la balade en ville et la visite à la Librairie Page d'encre ou Labyrinthe, muni d'un chèque livre de 12 euros!
Les textes sont affichés, distribués, lus dans l'auditorium de la Maison de la culture dans la journée du dimanche.
Musiciens, clowns sont de la partie,
Cette année j'étais à Liomer, un très joli village traversé par le Liger.
Je vous confie le texte issu de cette rencontre avec les huit loustices qui grimacent sur la photo, en plein soleil devant la maison de la culture d'Amiens
où la plupart n'avaient encore jamais mis les pieds. (derrière eux, Annie la documentaliste et Michèle leur enseignante. Merci
à elles aussi qui ont accompagné toute l'affaire!)
Le pays magique
Au début, tu choisis ton personnage : assassin, chevalier, moine, magicien…Tu reçois des armes. Epée, arc, hache, poing de fer… Et tu pars au combat. Ensuite
tu n’as plus qu’un seul choix : tuer, ou être tué. Sans fin. C’est la loi. C’est le jeu. Tu dois acquérir de l’expérience, gagner de l’argent pour acheter des armes. Tu dois tuer pour monter
de niveau, devenir maître et puis qui sait, un jour peut-être, héros ! A chaque niveau tu rencontres de nouvelles créatures. C’est la guerre. Il faut tuer tout ce qui bouge. Tuer, encore et
encore.
Au début, tu choisis ton personnage, fille ou garçon, noir ou blanc, ou jaune ou rouge, tu choisis tes vêtements, ta coiffure et tes chaussures, tu choisis ton nom
et tu vas à la rencontre d’autres personnages, sans jamais sortir de la coquille que tu t’es choisi, comme un escargot trop peureux.
Dans la vie tu ne choisis pas, d’être né ici ou bien là.
Dans la vie, tu as un nez pour sentir l’herbe coupée et le lilas, et le caca, tu as une bouche, des oreilles et des doigts et un corps plein d’organes pour avoir
mal et avoir bien.
Dans la vie tu peux caresser ton poney ou taquiner ton petit frère. Tu peux devenir médecin pour que les gens ne meurent pas trop tôt, illustrateur ou pilote,
écrivain ou footballeuse, garagiste ou comédien.
Dans la vie, tu peux aller à Liomer…
Si tu viens à Liomer, je t’emmènerai voir un aquarium où nagent des poissons comme tu n’en as jamais vus. Tu verras un chirurgien avec son corps bleu et sa dorsale
jaune, des poissons clowns orange striés de trois larges rayures blanches, une porcelaine immobile, coquillage crème taché de noir, qui ne bouge que la nuit, tu verras des coraux durs, des coraux
mous, montiporas comme grands champignons plats, nacre ou vert, tu verras des labres bleus, rose et jaune fluo, tu verras le poisson ange dans sa robe juvénile…
A Liomer ?
Tu ne pourras pas compter les verts des feuillages dans le bois de Liomer tant il y en a. Tu verras les lilas en fleurs, et tout au long du Liger, tu verras
des fleurs rose, mauves, jaunes ou bleues, un iris solitaire, des narcisses.
Une pluie de caillou s’abattra peut-être sur la rivière amadouée, au pied de la cascade où se sont arrêtés les enfants.
Tu verras peut-être des lapins dans les pâtures de Brocourt.
A Liomer ?
Sur la pompe asséchée entourée de fleurs blanches, tu trouveras peut-être une coccinelle vieille de sept jours, de sept semaines ou de sept ans.
Je te montrerai la maison abandonnée aux fantômes, son balcon de bois et son cerisier japonais.
A Liomer ?
Je te présenterai mon poney, Simone et Prune mes biquettes, et Neige ma vache qui va avoir un petit. Je te montrerai le taureau, les poules et le paon qui vit dans
les bois.
Même si tu n’as qu’une seule vie, viens à Liomer, tu ne le regretteras pas !
Alexis Hort, Nadem Mamzer, Jessy Gavois, Romain D., Justine Sannier, Sessine Lourdelle, Tiffany Lecamus, Megane Yung et Marie-Florence Ehret